Run mémorable : Sin City par Frank Miller

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Faire un article sur Sin City maintenant c’est presque comme écrire un énième article de trop sur Star Wars.
De nos jours, c’est même désormais tendancieux, voire mal vu d’encenser un personnage tel que Frank Miller…
Je vais tenter le coup tout de même 🙂

Par contre, je préfère prévenir tout de suite. Je ne vais pas chercher à comprendre et il n’y aura pas de psychanalyse ici (J’en serai incapable et en plus cela ne m’intéresse pas trop). D’ailleurs, j’ai tendance à avoir une lecture très naïve malgré mon âge et mes convictions. Du coup, les messages subliminaux (ou pas), fascistes, misogynes, machistes, politiques ou autres, généralement, cela me passe très au dessus quand je lis un comics.

Bref, je souhaite avant tout inscrire dans mon patrimoine et donc sur mon blog, ce run (assez réducteur de le nommer ainsi d’ailleurs) que je place au plus haut dans ma hiérarchie des comics. Un classique parmi les classiques.
Quand Frank Miller avait créé Sin City, il était déjà au sommet de son art et avait derrière lui une carte de visite plus que prestigieuse (Dark Knight returns, Batman year one ou Daredevil pour ne citer qu’eux).
Comme John Byrne avec ses Next Men et contrairement à la panoplie d’artistes qui ont créé Images, il s’est « associé » avec Dark Horse (et Bob Schreck) pour éditer sa création.

J’ai connu Sin City dès sa sortie dans Dark Horse Presents  vers les années 90. Généralement, je suis aveuglément mes artistes préférés à où ils vont 🙂

Comics Sin City Dark horse presents - Frank Miller

Les premiers épisodes sortaient alors dans cette revue qui regroupait plusieurs histoires. Vous l’aurez compris/remarqué, c’est aussi sous ce format que sortirent les premiers épisodes de Next Men.

Comics Sin City Dark horse presents - Frank Miller - Next Men

Une histoire sombre en noir et blanc, il fallait tout de même oser. Mais quelle claque ce fut. Le graphisme de Frank Miller allait prendre avec Sin city, au fil des séries, un style unique et définitif.

The « art of Sin City » arrivé à maturité, entrevu un peu dans Dark Knight returns (plutôt en 2eme partie), restera à tout jamais une référence, une marque de fabrique.

Comics - The art of Sin City - Frank Miller

Que dire de l’univers de Sin City ? Rien que le nom en dit long sur l’ambiance de la ville. A côté, le renommé « Gotham City » qui existait depuis 50 ans avant lui, figurait d’école de maternelle. Et c’est bien là le tour de force de Frank Miller, son penchant à tout pousser à l’extrême (quitte à déranger…)  :
C’est noir, c’est pervers, c’est amoral, c’est sexy (ralala, mes 20 ans s’en souviennent encore…), c’est violent, tellement réaliste et irréaliste à la fois mais aussi tellement chevaleresque (toute proportion bien gardée).
Alors oui, il n’a rien inventé réellement (toute manière, ma culture est trop limitée pour affirmer le contraire 🙂 ), mais tout de même, injecter dans Sin City un ensemble d’ingrédients qui en font un univers attirant, effrayant et une œuvre magistrale et jamais égalée (à part peut-être…voir plus loin…).
Frank Miller a presque inventé la voix off dans les comics (ou l’a au moins démocratisé depuis Daredevil). La version moderne du comics au niveau de la narration (un peu moins maintenant), Il l’avait imposé comme une référence. Dans Sin City, c’était son arme fatale.
Je me rappelle des premiers pas de Todd Mc Farlane en tant que scénariste avec Spiderman et surtout avec Spawn, Todd avait repris le style sans jamais l’égaler et il n’était pas le seul.

A vrai dire et pour revenir à l’œuvre dans son ensemble, la dernière fois que j’ai reçu une claque similaire, c’était avec « 100 bullets » de Brian Azzarello (et pourtant nous sommes dans un autre registre). J’espère pouvoir y consacrer un article un jour d’ailleurs 🙂

A l’époque, Frank Miller n’avait que Sin City comme projets majeurs et chaque mini série qu’il sortait était un évènement en soi. Les sorties étaient relativement fréquentes.
Ce n’était pas comme attendre un Sin City 2 (qui est enfin sorti) ou l’arlésienne Xerxes

Frank miller Xerxes Frank miller Xerxes DHP

Rackham, l’éditeur français de Sin city a sorti récemment toutes les histoires en sept volumes.
Le design était tellement beau que je me suis refait la collection et vendu les autres éditions françaises qui n’avaient pas autant de cohérence.

Comics Sin City la collection Rackham couvertures

Loin de moi l’idée de faire une critique détaillée par histoire. Je vais juste donner un avis comparatif succinct (qui n’engage que moi d’ailleurs).

Sin City tome 1, baptisé  « The hard goodbye » (étonnant que ce soit le seul titre non traduit)

Comics - Sin City - Frank Miller - the hard goodbye - Rackham

Un des meilleurs pour moi, peut-être parce que c’était le premier ? Pas seulement! C’est une bombe.
Mention spéciale pour cet anti-héros Marv qui est pour moi le personnage le plus emblématique de Sin City.
Une histoire simple mais prenante grâce aux personnages, à l’ambiance et la « mise en scène ».

Sin City tome 2, J’ai tué pour elle

Comics Sin City - A dame to kill for - Frank Miller - Dark horseTout aussi puissant, cette fois-ci le personnage féminin sexy à en mourir, hypnotique, bien plus charismatique, supplante notre héros qui lui est plutôt fade, presque looser (bon ok, ils le sont tous vous allez me dire…).
Le scénario et la mise en scène ne sont pas en reste.
Graphiquement, c’est de la haute voltige…

 

Sin city tome 3, Le grand carnage

Comics Sin City - The big fat kill - Frank Miller - Dark horseUn peu plus bourrin, je placerai ce tome un peu en dessous des deux premiers. Malgré tout, tout étant relatif, certaines scènes, comme la scène d’intro, sont carrément jouissives.
Ici, c’est plutôt la petite Miho qui éclipse un peu tout le monde (une « ninja » ou plutôt « ronin », il fallait bien qu’il nous la place celle-là pour notre plus grand plaisir)…

Sin City tome 4, Cet enfant de salaud

Comics Sin City - That yellow bastard - Frank Miller - Dark horseCelui là, c’est mon petit préféré. Ici, on garde quasiment les mêmes ingrédients en s’attaquant même à un thème dégoutant qu’est la pédophilie mais qui réussit par la même occasion à ajouter cette petite touche de tendresse en plus. Ici, on a presque envie de massacrer le bastard nous-même tellement qu’on vit l’histoire d’Hartigan. Et ça marche à merveille!

Sin City tome 5, Valeurs familiales

Comics - Sin City - Frank Miller - Valeurs familiales - Rackham

Une petite pause pour un « petit » focus légitime sur Miho. C’est encore jouissif mais avec moins de surprises, un petit cran en dessous des autres.
Sans faire exprès, j’ai revendu ma version VO avec les éditions VF (vu qu’il était sorti directement sous forme de TPB) :/

Sin City tome 6, Des filles et des flingues

Comics Sin City - Divers - Frank Miller - Dark horse

 

De la même façon, des petites histoires à part sympathiques avec un focus sur les femmes fatales de Sin City toujours aussi malines et sexy…
A l’époque, nous avions faim, mais avec du recul, mois cela reste moins marquant.

Sin City tome 7, L’enfer en retour

Comics Sin City - Hell and back - Frank Miller - Dark horse

A sa sortie, nous entamions des années délicates pour moi. J’avais arrêté les comics et je n’ai pas pu finir cette histoire lors de sa sortie (ce qui fait que je n’ai que les deux premiers).
Relu longtemps après, je l’ai trouvé bien en dessous du standard Sin City, moins inspiré (ou est-ce à cause de ma pause ?). Les quelques retours à la couleur ou les petits délires, je suis moins fan. Même les dessins semblent moins bien travaillés.
C’est là où je me suis dit que Miller a bien fait de s’arrêter là…Cela reste malgré tout une bon petit volume.

Comme tout le monde le sait déjà, deux films, très fidèles au comics, sont sortis depuis. Forcément, avec Frank Miller à la co-réalisation, l’esprit ne pouvait pas être trop loin.
Moi j’ai adoré le premier pour sa fidélité (à tout niveau) même poussé à l’extrême. Le deuxième est de très bonne facture bien entendu mais certainement avec la surprise en moins et une violence bien moins subtile (dommage).

Voilà, seuls peut-être les fans de Pink Floyd comprendront mais Sin City est à Frank Miller ce que The Wall est à Roger Water : Un chef-d’œuvre qu’il n’égalera sans doute jamais!
Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est plus puissant que son run sur Daredevil (par exemple), mais juste que Sin City, c’est là lui et à personne d’autres. Ce qui le place complètement à part.
Un peu comme Elektra qui aurait pu lui appartenir dans d’autres circonstances…

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